The time is out of joint

 

Les photos et remarques ci-dessous représentent un bref survol partiel et partial d’une exposition proposée par dix-sept étudiants de l’école supérieure des Beaux Arts d’Angers (TALM) du 25 février 2017 au 12 mars 2017.

Elle n’a pas la prétention d’être exhaustive et ne peut refléter que très imparfaitement l’atmosphère qui se dégage des oeuvres présentées.

Ce travail interroge l’image en intégrant les contraintes inhérentes au contexte du lieu d’exposition.

Dans la salle de la Vanité des bâtisseurs, deux tirages numériques (Roche et La Ronde des Vautours) nous confrontent visuellement à des paysages à l’abandon.

L’escalier à vis de la Tour de l’épée et la salle des anamorphoses nous confrontent au thème des empoisonneuses. Tout commence par une rumeur, puis on trouve un poison et enfin une coupable.

En progressant dans le château, l’installation du Couloir des illusions nous montre un texte projeté au mur en fonction du bruit ambiant capté par le micro. Un peu plus loin, dans la salle des ampoules, un tirage nous interroge sur le rituel du repas de famille et enfin, dans la salle des maquettes, une vidéo montre la démolition de la tour du quartier La Pierre Collinet à Meaux.

Après passage dans le hall d’entrée, la salle des faïences nous propose deux oeuvres : Gabarits (photographies représentant les patrons de pièces manquantes) et Titre (pierres en tuffeaux sérigraphiées).

Un peu plus loin, dans la salle des miroirs, Les Pétrifiées (sérigraphie sur plexiglass) et Les Rêves de Léna (vidéo d’une jeune femme racontant le passage de ses rêves à celui du monde réel) nous confrontent à nous-mêmes.

Passons au premier étage. A l’extrémité de la galerie Renaissance, Chant VI (vidéo de l’image d’un enfant en pleine chute et qui se redresse avec une extrême lenteur) convoque la figure d’Enée aux Enfers. Dans le Comble Renaissance, la vidéo Hélène nous montre une présence qui n’est plus que le fantôme d’elle-même.

Accédons au Comble Central. Vingt-six mètres de corde présente 24 tirages numériques (photos prises de nuit avec un long temps de pause) et nous interroge sur la mémoire. La vidéo Corps Vidé met en scène le Grand Corbeau et aborde la notion de néantisation des corps.

Redescendons vers le salon des Emigrés. L’oeuvre Ossatures (tirages positif de radiographie) nous rappelle que l’homme est un animal. Histoire d’embarquement (reste de barque et vidéo montrant une barque de pêcheur) lève des hypothèses sur une traversée difficile. Enfin Clabaude (céramique) est à l’image de la présence animale disséminée dans le château.

L’exposition se termine dans le cabinet des Muses où La Soupe des Chiens présente, dans une vidéo, une meute de chiens attendant son repas et se lançant sur les gamelles. Puis l’agitation laisse place au calme. La meute retourne à sa place habituelle.

Le vernissage du 25 février 2017 a été précédé par une conférence de Savine Faupin, conservatrice au musée d’Art moderne de Lille, sur l’art brut.

La formulation The time is out of joint est issue d’Hamlet (Acte 1, scène 5). Il la prononce après avoir parlé avec le fantôme de son père, et découvert qu’il avait été assassiné par son oncle.
Différentes traductions ont été proposées pour The time is out of joint. « Le temps est hors de ses gonds » (Bonnefoy). « Le temps est détraqué » (Malaparte).  » Le monde est à l’envers » – ou de travers. « Cette époque est déshonorée » (Gide).

Le texte ci-dessous a été publié dans le quotidien régional LA NOUVELLE REPUBLIQUE, le samedi 4 mars 2017

Les étudiants en arts hantent le château

Depuis une semaine, une quinzaine d’élèves des Beaux-Arts d’Angers exposent à Oiron.
Des créations contemporaines autour de l’image fantôme.

Dans les pas des grands. Depuis samedi, une quinzaine d’étudiants de l’école supérieure des Beaux-Arts d’Angers (TALM : Tours, Angers, Le Mans), dirigée par Stéphane Doré, exposent leurs œuvres contemporaines au château d’Oiron. Ces élèves de cinquième année, sous la houlette de leurs professeurs Isabelle Lévènez et Laurent Millet, ont débuté ce parcours artistique à la rentrée de septembre.

L’école a déjà exposé au château d’Angers en extérieur. Le château d’Oiron, envahi par l’art contemporain, se prête à l’épanouissement de « The Time is out of joint » (le temps est hors de ses gonds), exposition sur l’image fantôme. Ce travail interroge l’image en intégrant les contraintes inhérentes au contexte du lieu d’exposition, le château de Mme de Montespan.
« Les œuvres produites sont en rapport avec le lieu, tout en prenant appui sur le territoire de recherche proposé,précise Stéphane Doré. C’est un vrai lien entre le patrimoine et la création. Et la création peut devenir patrimoine. »L’exposition laisse une grande part à la photographie et la vidéo. « L’aspect fondamental des images fixes ou animées est lié à leur spectrabilité, leur capacité à certifier que ce que je vois a bien été et à produire l’illusion de la résurrection infinie de ce qu’elles représentent »,poursuit le directeur.

Un trait d’union
Valentine Saraïs, étudiante, s’est approprié la grande galerie Renaissance. Elle y expose tout au fond, un téléviseur diffusant à l’infini l’image fantomatique d’une enfant en pleine chute dont on n’aura jamais l’apogée et qui se redresse avec une extrême lenteur. « Le regard de l’enfant transperce la surface de projection, trait d’union entre le passé et le présent,estime la jeune artiste. L’image quasiment statique fait se suspendre la chute puis a lieu le remontage du temps subi, du temps perdu. »L’écran est judicieusement placé à terre au pied de la fresque Renaissance d’Enée aux enfers.
Ces images fantômes hantent le château jusqu’au 12 mars.

Valentine Saraïs devant son travail de recherche sur l’image fantôme, dans la grande galerie.