Massinissa SELMANI – Choses Fortuites – 27 mars 2019

A 15 heures, dans le cadre du mois du dessin, l’équipe du château a proposé une visite thématique de l’exposition temporaire Choses Fortuites de l’artiste Massinissa Selmani.

Après l’évocation de sa biographie, une visite attentive de l’exposition a permis d’émettre des conjectures sur les intentions de l’artiste et la confrontation de divers points de vue.

Biographie de Massinissa Selmani (extrait du dossier de presse)

Né en 1980 à Alger. Après des études en informatique en Algérie, Massinissa Selmani intègre l’École supérieure des Beaux- arts de Tours. En 2015, son travail a été salué par une mention spéciale du jury à la 56ème biennale de Venise. En 2016 il reçoit « The Art [ ] Collector Prize» et le prix « The Sam Art Projects » pour l’art contemporain à Paris.

Le travail de Massinissa Selmani est fait d’expérimentations autour du dessin, créant des formes dessinées mêlant une approche documentaire à des constructions fictionnelles et prenant pour points de départ les actualités politiques et sociales issues de coupures de presse. Par la confrontation, la juxtaposition et même la superposition d’éléments réels, dont les contextes ont été systématiquement dissimulés, l’artiste crée des scènes énigmatiques, ambiguës, qui ont peu de chances de se produire dans la réalité, témoignant de l’absurdité des comportements humains entre comique et le tragique, ou mettant en scène l’architecture en tant qu’instrument de pouvoir. En organisant de grands espaces blancs et en jouant sur les effets de transparence et de réserve, il nous invite à combler les lacunes, à remettre en question la manière dont nous nous souvenons et écrivons l’histoire et les récits, au-delà de toute structure linéaire. …

Massinissa Selmani a notamment exposé au Palais de Tokyo (Paris), à la Biennale de Dakar (Sénégal), à la Biennale de Lyon (France), à Art Basel (Bâle), à la Zacheta National Gallery of Art (Pologne), à la Biennale Sharjah (Emirats Arabes Unis), à l’IVAM Valence (Espagne), UGM Maribor (Slovénie), Frac Centre (France), Au Modern Art Oxford (Royaume-Uni), le musée d’art africain de Belgrade (Serbie), Bandjoun station (Cameroun), entre autres. Ses oeuvres font partie de collections publiques telles que le Musée national d’art moderne, le Centre Pompidou (Paris), le Musée d’art contemporain de Lyon et le Frac Centre (France).

Retrouvez les principales séries et expositions de Massinissa Selmani sur son site internet : http://massinissa-selmani.com/

Quelques extraits d’un article paru dans TELERAMA le 13 septembre 2017

Massinissa Selmani, un coup de crayon subversif et déroutant

Révélé lors de la Biennale de Venise en 2015, l’artiste algérien redessine l’actualité pour en sublimer l’absurde avec un sens inédit des atmosphères …

Né en 1980 en Algérie, il passe son adolescence à Alger jusqu’à l’âge de quatorze ans puis à Tizi-Ouzou. Pendant la guerre civile et les dix « années de plomb » jusqu’à la défaite du Groupe islamiste armé (GIA) en 2002, Slemani lit la presse francophone de son pays : Liberté, Le Soir d’Algérie, et El Manchar, un journal satirique. « On vivait dans une inquiétude permanente. L’humour venait souvent encontre-point. J’ai conservé ce principe : le dessin me permet de désamorcer les situations graves, de confronter comique et tragique comme le fait souvent la
littérature algérienne. Rien n’est jamais frontal », explique-t-il dans un demi-sourire. …

Sauf que dans l’oeuvre de Massinissa Selmani, il n’y a ni début ni fin… juste des instantanés. «Mes dessins sont des montages, ils relèvent à la fois de prélèvements et d’assemblages de fragments photographiques que je saisis ici ou là dans la presse », précise l’artiste de 37 ans, qui, à l’instar du cinéaste britannique Peter Watkins dont il revendique la filiation, joue entre fiction et réalité. «Créer est une façon pour moi de mettre la réalité à distance », poursuit ce Kabyle qui s’est d’abord orienté vers une licence d’informatique avant de réaliser son rêve d’enfant : devenir artiste pour tenter d’étouffer la violence.

Extrait d’une interview accordée par l’artiste à 37 degrés – L’actualité Tourangelle à la bonne température (Propos recueillis à Tours le 28 mars 2017. Dernière mise à jour le 24 avril 2018 )

37 degrés : Le dessin a-t-il été toujours présent dans votre vie ?

Massinissa Selmani : Oui, mais sous une forme plus brute. Quand j’étais adolescent je dessinais déjà beaucoup, je reprenais des classiques de la peinture et, déjà, j’aimais dessiner des choses que je voyais à la télé et dans la presse, des sujets d’actualité. Mais à cet âge-là je n’intellectualisais pas du tout cette démarche, c’était un simple geste, une activité spontanée.

37 degrés : Comment de Kabylie vous vous êtes retrouvé aux Beaux-Arts de Tours ?

Massinissa Selmani : Je suis arrivé à l’ESBAT à l’âge de 25 ans, c’est-à-dire à l’âge où la plupart des élèves en sortent ! Quand je vivais en Algérie, je n’avais jamais entendu parler de Tours. Je voulais faire une école d’art, mais les écoles là-bas ne correspondaient pas à ce que je voulais. Je ne tenais pas absolument à venir en France, je voulais juste aller m’installer dans un environnement où la culture avait une place importante. Je venais de quitter Alger pour m’installer à Tizi Ouzou en Kabylie, où l’offre culturelle était vraiment limitée. Je suis tombé sur une info sur l’Ecole des Beaux-Arts de Tours et un ami a regardé sur Google Images et on a vu la Loire et il m’a dit «allez, vas-y, ça a l’air super!» et j’ai fait un dossier en une heure ! (rires). J’ai envoyé des travaux et j’ai été pré-sélectionné pour le concours, mais je n’avais ni l’argent pour le billet d’avion, ni le visa pour venir. Ils ont quand même étudié mon dossier et ils ont accepté de me prendre directement en première année sans m’avoir rencontré. J’ai alors économisé pour acheter mon billet, j’ai demandé mon visa et je suis venu m’installer en France pour la rentrée.

37 degrés : A quel moment de vos études d’art vous avez vraiment choisi votre voie et précisé votre démarche

Massinissa Selmani : Je dirais au cours des deux dernières années. J’ai beaucoup travaillé avec un professeur, la photographe Suzanne Lafont. Elle m’a aidé à conceptualiser certains aspects de ma démarche, à mettre des mots sur mon travail, en me demandant d’aller voir et lire certaines choses qui lui paraissaient importantes. Cela a été une rencontre fondamentale, tant sur le plan humain que sur le plan artistique. J’ai beaucoup avancé à son contact.

37 degrés : Après l’obtention de votre diplôme des Beaux-Arts en 2010, tout s’est assez vite enchaîné ?

Massinissa Selmani : Oui, j’avais eu la chance d’avoir été repéré à l’école, notamment par Dominique Truco qui à l’époque dirigeait la Biennale d’Art contemporain de Melle. Elle m’a programmé pour l’édition 2011 et, à Tours, j’ai été repéré par l’association Mode d’Emploi qui m’a offert une résidence juste après, jusqu’à début 2011,ce qui m’a aidé à me «poser» après l’obtention du diplôme, une période souvent compliquée pour les artistes. Cela m’a permis de pouvoir continuer à travailler dans un atelier et de finaliser certains travaux. J’ai ensuite eu plusieurs expositions personnelles importantes, dont notamment celle au CCC à Tours en 2015. …

37 degrés : En 2015 vous avez été sélectionné à l’exposition internationale de la biennale de Venise, où vous avez obtenu un prix. Quel travail avez-vous présenté?

Massinissa Selmani : C’était un projet que j’avais en tête depuis plusieurs années. Une installation qui s’appelle «1000 villages» et qui fait allusion à un projet d’état en Algérie dans les années 1970 qui consistait à construire 1000 «villages socialistes» afin de faire vivre ensemble et de remettre sur les rails des paysans déboussolés par la guerre et la privation de leurs terres. Le projet n’a jamais été achevé, mais plein de villages ont bien été construits.

37 degrés : En 2016, vous avez reçu le prix Sam Art Projects qui vous a permis de réaliser la série présentée au Palais de Tokyo. De quoi s’agit-il ?

Massinissa Selmani : C’est encore un épisode historique bien particulier que j’ai eu envie de revisiter. J’ai découvert que Louise Michel avait côtoyé des Algériens exilés suite à leur soulèvement contre les autorités françaises, lors de ses années de déportation en Nouvelle-Calédonie ; puis qu’en 1904, elle avait rendu visite comme promis à ces anciens prisonniers algériens en Nouvelle-Calédonie. Mon installation s’appelle «Ce qui coule n’a pas de fin». J’ai travaillé un an-et-demi sur le sujet, mais ce n’est au final pas un travail de chercheur ni d’historien. J’avais juste envie de travailler sur les notions de conflits et de terre, de résistance. Cela fait évidemment écho à des sujets actuels simples et concrets, liés à l’occupation de terres. Ce n’est pas une approche anti-coloniale engagée, mais une proposition de lecture différente de ces problématiques à travers une création fictionnelle basée sur des faits réels. J’aime générer des formes les plus légères possibles, je déteste la représentation spectaculaire de faits qui le sont déjà.

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