« Je suis prête » – 22 et 23 juillet 2017

 

Le samedi 22 juillet 2017 à 15 h et le dimanche 23 juillet 2017 à 14 h et à 16 h 30, une « déambulation théâtralisée performative » a été présentée au château d’Oiron.

Cette « forme », intitulée « Je suis prête » et interprétée par quatre comédiennes a proposé un parcours entre visite guidée, spectacle et performance.

La mise en scène d’Yves Lenoir faisait écho à la galerie de peintures du château et prenait appui sur un texte d’Etienne Jodelle (1552-1573) : « Didon se sacrifiant ».

« Je voudrais que tu pleures » – Chapelle Basse
Avec : Laëtitia Le Mesle et Nadine Béchade
Etienne Jodelle : Didon adresse une prière à Vénus.
Textes empruntés au scénario de Bertrand Bonello, #Cindy the doll is mine d’après le personnage de Cindy Sherman.

« Je ne suis pas sûr qu’elle soit très gentille, la Licorne » – Salle des maquettes
Avec : Alexandra Courquet.
Etienne Jodelle : Didon désespère et va user de magie.
Textes empruntés au film documentaire de Heinz Peter Schwerfel, Plaisirs / déplaisirs Annette Messager et de l’interview d’Annette Messager : Drôle d’endroit pour une rencontre au Musée de Cluny par Nicolas Demorand.

« C’est mon enterrement que je vois » – Salle à manger
Avec : Nadine Béchade.
Etienne Jodelle : Enée ne se laisse pas fléchir.
Textes empruntés au documentaire de Victoria Clay Mendoza, Sophie Calle – Sans titre.

« Il n’y avait pas d’amour » – Salle des Belles-Lettres rabelaisiennes
Avec : Laure Pierredon.
Etienne Jodelle : Didon maudit Enée et l’accuse de fourberie.
Textes empruntés au film documentaire de Mattew Akers sur Marina Abramovic, The Artist is present.

Laissons la parole au metteur en scène Yves Lenoir :

Didon se sacrifiant d’Etienne Jodelle (1552-1573) est une des toutes premières tragédies humanistes, contemporaine du château d’Oiron au moment de son édification ; le texte fait notamment écho aux douze scènes peintes dont trois sont librement inspirées de l’Enéide visibles dans la galerie du grand écuyer. J’ai eu envie que ce texte en vers très écrit rencontre l’oralité, la parole spontanée de femmes artistes d’aujourd’hui (Marina Abrimovic, Annette Messager qui sont aussi exposées à Oiron, mais aussi Cindy Sherman, Sophie Calle …) pour créer des instantanés de vie, des espèces d’épiphanies d’hier et d’aujourd’hui.
Au coeur d’un parcours d’une heure, les visiteurs découvrent Didon, une femme amoureuse qui tente en vain de retenir son amant, ne se résout pas à son départ et se donne finalement la mort.
Chaque salle habitée par les quatre performeuses est conçue comme une installation où l’on voit là Didon, comme sujet d’un tableau, comme modèle d’une photo, comme forme sculptée, danseuse, actrice, chanteuse, mage, provocation érotique, objet d’un exercice physique, mental ou spirituel.
Les spectateurs sont invités à vivre une expérience avec les performeuses, elles-mêmes œuvres d’art. Placés dans des situations semblables à elles, les spectateurs font ainsi partie de l’oeuvre et participent à une aventure sensible, un moment de transformation émotionnelle.
Car le texte de Jodelle met en évidence ce point de basculement où le mot transmet avec plus de fiabilité et de force, l’affect. La force expressive de l’image est ainsi transféré vers la parole, vers ce qui est dit. Jodelle fait à la fois la démonstration qu’en supprimant la distance entre le mot et le sentiment intérieur, la parole devient le jaillissement des affects mais que cette extériorisation, qu’elle qu’en soit sa pureté, est aussi une perte et bien que sublimée, la parole n’en est pas moins un échec. Nous sommes ainsi touchés, mais en vain.

 

La photo et le texte ci-dessous sont extraits d’un article paru dans le quotidien régional La Nouvelle République du lundi 7 août 2017 :

Carré de filles, poker gagnant

De gauche à droite, Alexandra Courquet, Nadine Béchade, Laure Pierredon et Laëticia Le Mesle dans la salle à manger.

Je suis prête est un programme de la théorie des jeux émergeant du festival « Parenthèses d’instants exquis », festival hébergé dans les murs du château de Mme de Montespan, sous l’œil de Carine Guimbard, l’administratrice des lieux.

Quatre comédiennes, Laëticia Le Mesle, Nadine Béchade, Alexandra Courquet et Laure Pierredon, de la compagnie de théâtre « La belle friche » basée à Limoges, ont accompli un travail de textes et de postures remarquable en présentant quatre tableaux animés et joués dans quatre salles complètement différentes les unes des autres, de par leur taille, leurs couleurs, leurs œuvres contemporaines qui y sont exposées et les parfums qui s’en dégagent.

L’œuvre théâtrale mise en scène par Yves Lenoir est tirée d’un texte d’Etienne Jodelle, datant de l’époque même à laquelle le château fut édifié, vers 1550. En effet, après une visite des lieux historiques, en avril dernier, les intervenants de la compagnie « La belle friche » ont décidé de créer spécialement pour Oiron ce spectacle déambulatoire, de salle en salle, d’une heure, au cours duquel les visiteurs découvrent l’héroïne Didon, une femme amoureuse qui tente en vain de retenir son amant, ne se résout pas à son départ et se donne finalement la mort, sous les traits des quatre comédiennes.

Les actrices sont aussi des performeuses, c’est-à-dire : « On apprend notre texte en amont bien sûr, mais le gros du travail s’effectue au moment même de la représentation dans les lieux choisis pour leur spécificité. La performance tient dans le peu de répétition de texte », précise Laure Pierredon en ajoutant : « Les quatre salles sont tour à tour habitées par les quatre performeuses et c’est conçu comme un tableau, une photo, une forme sculptée allant jusqu’à la provocation érotique, mentale ou spirituelle. »

Les spectateurs avisés y ont trouvé une œuvre d’art vivante et éphémère, les visiteurs venant seulement visiter le château, par un effet de surprise y ont vécu une expérience émotionnelle en symbiose avec les comédiennes, à laquelle ils ne s’attendaient pas.

 

« Je suis prête » est un programme de La théorie des jeux sur une proposition de Tristan Macé.
Proposition artistique des Filles de l’Air.
Production La Belle Friche Cie – labellefriche@yahoo.fr
Festival Parenthèses, d’instants exquis.

Vous pouvez télécharger le texte de la tragédie d’Etienne Jodelle (Didon se sacrifiant) en cliquant ici.