Frédéric Bruly Bouabré – Conférence – 22 mars 2019

A 15 heures, dans le cadre du mois du dessin, le château a proposé une visite thématique de l’oeuvre Dessins (1992) de Frédéric Bruly Bouabré (collection Curios & Mirabilia).

Cet artiste est né aux environs de 1923 à Zéprégué, près de Daloa, en Côte d’Ivoire
Il est décédé le 28 janvier 2014 à Abidjan, en Côte d’Ivoire
Dessinateur et poète, il est aussi l’inventeur d’une écriture spécifiquement africaine pour sauver de l’oubli la culture du peuple bété.

Il a intègré l’école française en 1931 pour neuf années. En 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, il est engagé dans la marine. Après la guerre, il a pratiqué divers métiers au Sénégal et en Côte d’Ivoire, et est devenu fonctionnaire, commis aux écritures pour la ligne ferroviaire Dakar-Niger.

Le 11 mars 1948, il eut une vision divine : « Le ciel s’ouvrit devant mes yeux et 7 soleils colorés décrivirent un cercle de beauté autour de leur Mère-Soleil, je devins Cheik Nadro : celui qui n’oublie pas. »
La révélation dont il se sent alors frappé le convainc de quitter son emploi pour inventer une écriture africaine – une écriture qui ne soit plus celle, européenne, qu’il a apprise à l’école. Il l’appelle « alphabet bété », du nom de l’ethnie, dont il est originaire.

Pour accomplir son projet, il a inventé des signes ou investi des formes géométriques ou symboliques d’une valeur syllabique spécifique. Il en a inventé ainsi plusieurs centaines, dont certaines lui furent inspirées par des gravures qu’il observait sur des rochers près du village de Békora, près de Zéprégühé.
Il a créé ainsi un syllabaire composé de 448 signes désignant chacun une syllabe. Il a reproduit l’ensemble des syllabes sur des petites cartes en carton.
Avec ces pictogrammes, il a transcrit les récits des mythologies cosmiques bété, des contes, des événements de la vie quotidienne, mais aussi, plus tard, ceux d’une actualité de plus en plus large, jusqu’à celle de la vie politique française.
En 1958, le savant, naturaliste et anthropologue Théodore Monod publie une étude qui lui est consacrée : Un nouvel alphabet ouest-africain : le bété (Côte d’Ivoire), dans le Bulletin d’information de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN).

Frédéric Bruly Bouabré, 1996

Dans les années 70, il a commencé à « relever » tout ce qui venait à lui, ce qu’il observait, ses songes, ses révélations…
Toutes les traces du monde réel et spirituel ont été consignées dans des centaines de petits dessins, réalisés sur papier cartonné au format basique de 10 x 15 cm, qu’il qualifiait de « bricolés ». Il utilisait invariablement stylo-bille et crayon de couleur, « le minimum de moyens pour dire le maximum ».
Ces cartes fonctionnent souvent par une double entrée : une image et un texte l’encadrant, souvent une phrase ou quelques mots. Ces deux éléments, l’image représentative et le texte explicatif, se répondent et ne peuvent se comprendre l’un sans l’autre.

Mais ce n’est qu’en 1989, à l’occasion de l’exposition Les Magiciens de la Terre, que Frédéric Bruly Bouabré accèda à une reconnaissance qui n’a cessé depuis lors de se renforcer et de s’élargir jusqu’à son ultime participation à la Biennale de Venise 2013.
A partir de 1989, les expositions se sont enchaînées, de Berlin et Francfort en 1993 jusqu’à la Tate Modern à Londres en 2010, en passant par plusieurs présentations à Paris dans la Galerie du jour Agnès B. Quant aux expositions collectives, elles ont fait de lui l’un des premiers artistes africains contemporains dont la création se soit trouvée sans cesse confrontée à celles de ses homologues occidentaux. Biennales de Venise en 1995 et 2013, de Sydney en 1996 et 1998, de Sao Paulo en 1996 et 2012, de Dakar en 1998, d’Istanbul en 2001 et de Moscou en 2009, Documenta XI de Kassel en 2002, …

Cette oeuvre, riche aujourd’hui de plusieurs milliers de dessins réunie sous le titre « Connaissance du Monde » est une sorte d’encyclopédie des savoirs du monde.

Extrait de l’oeuvre Dessins (exposée au château d’Oiron)