Choses fortuites – Biographie

Biographie de Massinissa Selmani (extrait du dossier de presse)

Né en 1980 à Alger. Après des études en informatique en Algérie, Massinissa Selmani intègre l’École supérieure des Beaux- arts de Tours. En 2015, son travail a été salué par une mention spéciale du jury à la 56ème biennale de Venise. En 2016 il reçoit « The Art [ ] Collector Prize» et le prix « The Sam Art Projects » pour l’art contemporain à Paris.

Le travail de Massinissa Selmani est fait d’expérimentations autour du dessin, créant des formes dessinées mêlant une approche documentaire à des constructions fictionnelles et prenant pour points de départ les actualités politiques et sociales issues de coupures de presse. Par la confrontation, la juxtaposition et même la superposition d’éléments réels, dont les contextes ont été systématiquement dissimulés, l’artiste crée des scènes énigmatiques, ambiguës, qui ont peu de chances de se produire dans la réalité, témoignant de l’absurdité des comportements humains entre comique et le tragique, ou mettant en scène l’architecture en tant qu’instrument de pouvoir. En organisant de grands espaces blancs et en jouant sur les effets de transparence et de réserve, il nous invite à combler les lacunes, à remettre en question la manière dont nous nous souvenons et écrivons l’histoire et les récits, au-delà de toute structure linéaire. …

Massinissa Selmani a notamment exposé au Palais de Tokyo (Paris), à la Biennale de Dakar (Sénégal), à la Biennale de Lyon (France), à Art Basel (Bâle), à la Zacheta National Gallery of Art (Pologne), à la Biennale Sharjah (Emirats Arabes Unis), à l’IVAM Valence (Espagne), UGM Maribor (Slovénie), Frac Centre (France), Au Modern Art Oxford (Royaume-Uni), le musée d’art africain de Belgrade (Serbie), Bandjoun station (Cameroun), entre autres. Ses oeuvres font partie de collections publiques telles que le Musée national d’art moderne, le Centre Pompidou (Paris), le Musée d’art contemporain de Lyon et le Frac Centre (France).

Retrouvez les principales séries et expositions de Massinissa Selmani sur son site internet : http://massinissa-selmani.com/

Quelques extraits d’un article paru dans TELERAMA le 13 septembre 2017

Massinissa Selmani, un coup de crayon subversif et déroutant

Révélé lors de la Biennale de Venise en 2015, l’artiste algérien redessine l’actualité pour en sublimer l’absurde avec un sens inédit des atmosphères …

Né en 1980 en Algérie, il passe son adolescence à Alger jusqu’à l’âge de quatorze

Né en 1980 en Algérie, il passe son adolescence à Alger jusqu’à l’âge de quatorze ans puis à Tizi-Ouzou. Pendant la guerre civile et les dix « années de plomb » jusqu’à la défaite du Groupe islamiste armé (GIA) en 2002, Slemani lit la presse francophone de son pays : Liberté, Le Soir d’Algérie, et El Manchar, un journal satirique. « On vivait dans une inquiétude permanente. L’humour venait souvent encontre-point. J’ai conservé ce principe : le dessin me permet de désamorcer les situations graves, de confronter comique et tragique comme le fait souvent la
littérature algérienne. Rien n’est jamais frontal », explique-t-il dans un demi-sourire. …

Sauf que dans l’oeuvre de Massinissa Selmani, il n’y a ni début ni fin… juste des instantanés. «Mes dessins sont des montages, ils relèvent à la fois de prélèvements et d’assemblages de fragments photographiques que je saisis ici ou là dans la presse », précise l’artiste de 37 ans, qui, à l’instar du cinéaste britannique Peter Watkins dont il revendique la filiation, joue entre fiction et réalité. «Créer est une façon pour moi de mettre la réalité à distance », poursuit ce Kabyle qui s’est d’abord orienté vers une licence d’informatique avant de réaliser son rêve d’enfant : devenir artiste pour tenter d’étouffer la violence.

Extrait d’une interview accordée par l’artiste à 37 degrés – L’actualité Tourangelle à la bonne température (Propos recueillis à Tours le 28 mars 2017. Dernière mise à jour le 24 avril 2018 )

37 degrés : Le dessin a-t-il été toujours présent dans votre vie ?

Massinissa Selmani : Oui, mais sous une forme plus brute. Quand j’étais adolescent je dessinais déjà beaucoup, je reprenais des classiques de la peinture et, déjà, j’aimais dessiner des choses que je voyais à la télé et dans la presse, des sujets d’actualité. Mais à cet âge-là je n’intellectualisais pas du tout cette démarche, c’était un simple geste, une activité spontanée.

37 degrés : Comment de Kabylie vous vous êtes retrouvé aux Beaux-Arts de Tours ?

Massinissa Selmani : Je suis arrivé à l’ESBAT à l’âge de 25 ans, c’est-à-dire à l’âge où la plupart des élèves en sortent ! Quand je vivais en Algérie, je n’avais jamais entendu parler de Tours. Je voulais faire une école d’art, mais les écoles là-bas ne correspondaient pas à ce que je voulais. Je ne tenais pas absolument à venir en France, je voulais juste aller m’installer dans un environnement où la culture avait une place importante. Je venais de quitter Alger pour m’installer à Tizi Ouzou en Kabylie, où l’offre culturelle était vraiment limitée. Je suis tombé sur une info sur l’Ecole des Beaux-Arts de Tours et un ami a regardé sur Google Images et on a vu la Loire et il m’a dit «allez, vas-y, ça a l’air super!» et j’ai fait un dossier en une heure ! (rires). J’ai envoyé des travaux et j’ai été pré-sélectionné pour le concours, mais je n’avais ni l’argent pour le billet d’avion, ni le visa pour venir. Ils ont quand même étudié mon dossier et ils ont accepté de me prendre directement en première année sans m’avoir rencontré. J’ai alors économisé pour acheter mon billet, j’ai demandé mon visa et je suis venu m’installer en France pour la rentrée.

37 degrés : A quel moment de vos études d’art vous avez vraiment choisi votre voie et précisé votre démarche

Massinissa Selmani : Je dirais au cours des deux dernières années. J’ai beaucoup travaillé avec un professeur, la photographe Suzanne Lafont. Elle m’a aidé à conceptualiser certains aspects de ma démarche, à mettre des mots sur mon travail, en me demandant d’aller voir et lire certaines choses qui lui paraissaient importantes. Cela a été une rencontre fondamentale, tant sur le plan humain que sur le plan artistique. J’ai beaucoup avancé à son contact.

37 degrés : Après l’obtention de votre diplôme des Beaux-Arts en 2010, tout s’est assez vite enchaîné ?

Massinissa Selmani : Oui, j’avais eu la chance d’avoir été repéré à l’école, notamment par Dominique Truco qui à l’époque dirigeait la Biennale d’Art contemporain de Melle. Elle m’a programmé pour l’édition 2011 et, à Tours, j’ai été repéré par l’association Mode d’Emploi qui m’a offert une résidence juste après, jusqu’à début 2011,ce qui m’a aidé à me «poser» après l’obtention du diplôme, une période souvent compliquée pour les artistes. Cela m’a permis de pouvoir continuer à travailler dans un atelier et de finaliser certains travaux. J’ai ensuite eu plusieurs expositions personnelles importantes, dont notamment celle au CCC à Tours en 2015. …

37 degrés : En 2015 vous avez été sélectionné à l’exposition internationale de la biennale de Venise, où vous avez obtenu un prix. Quel travail avez-vous présenté?

Massinissa Selmani : C’était un projet que j’avais en tête depuis plusieurs années. Une installation qui s’appelle «1000 villages» et qui fait allusion à un projet d’état en Algérie dans les années 1970 qui consistait à construire 1000 «villages socialistes» afin de faire vivre ensemble et de remettre sur les rails des paysans déboussolés par la guerre et la privation de leurs terres. Le projet n’a jamais été achevé, mais plein de villages ont bien été construits.

37 degrés : En 2016, vous avez reçu le prix Sam Art Projects qui vous a permis de réaliser la série présentée au Palais de Tokyo. De quoi s’agit-il ?

Massinissa Selmani : C’est encore un épisode historique bien particulier que j’ai eu envie de revisiter. J’ai découvert que Louise Michel avait côtoyé des Algériens exilés suite à leur soulèvement contre les autorités françaises, lors de ses années de déportation en Nouvelle-Calédonie ; puis qu’en 1904, elle avait rendu visite comme promis à ces anciens prisonniers algériens en Nouvelle-Calédonie. Mon installation s’appelle «Ce qui coule n’a pas de fin». J’ai travaillé un an-et-demi sur le sujet, mais ce n’est au final pas un travail de chercheur ni d’historien. J’avais juste envie de travailler sur les notions de conflits et de terre, de résistance. Cela fait évidemment écho à des sujets actuels simples et concrets, liés à l’occupation de terres. Ce n’est pas une approche anti-coloniale engagée, mais une proposition de lecture différente de ces problématiques à travers une création fictionnelle basée sur des faits réels. J’aime générer des formes les plus légères possibles, je déteste la représentation spectaculaire de faits qui le sont déjà.

Vous pouvez prendre connaissance de la totalité de cette passionnante interview en cliquant ici.


Choses fortuites – RPI

Le 18 mars 2019 à 14 h, Massinissa Selmani a conversé avec la classe CM1/CM2 du RPI Brie-Oiron-Pas-de-Jeu.

Quelques photos récupérées sur le compte Twitter (ou FaceBook) du château.

Vous pouvez prendre connaissance d’une interview de l’artiste avec les enfants sur le compte Facebook du château en cliquant ici.


Frédéric Bruly Bouabré – Conférence – 22 mars 2019

A 15 heures, dans le cadre du mois du dessin, le château a proposé une visite thématique de l’oeuvre Dessins (1992) de Frédéric Bruly Bouabré (collection Curios & Mirabilia).

Cet artiste est né aux environs de 1923 à Zéprégué, près de Daloa, en Côte d’Ivoire
Il est décédé le 28 janvier 2014 à Abidjan, en Côte d’Ivoire
Dessinateur et poète, il est aussi l’inventeur d’une écriture spécifiquement africaine pour sauver de l’oubli la culture du peuple bété.

Il a intègré l’école française en 1931 pour neuf années. En 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, il est engagé dans la marine. Après la guerre, il a pratiqué divers métiers au Sénégal et en Côte d’Ivoire, et est devenu fonctionnaire, commis aux écritures pour la ligne ferroviaire Dakar-Niger.

Le 11 mars 1948, il eut une vision divine : « Le ciel s’ouvrit devant mes yeux et 7 soleils colorés décrivirent un cercle de beauté autour de leur Mère-Soleil, je devins Cheik Nadro : celui qui n’oublie pas. »
La révélation dont il se sent alors frappé le convainc de quitter son emploi pour inventer une écriture africaine – une écriture qui ne soit plus celle, européenne, qu’il a apprise à l’école. Il l’appelle « alphabet bété », du nom de l’ethnie, dont il est originaire.

Pour accomplir son projet, il a inventé des signes ou investi des formes géométriques ou symboliques d’une valeur syllabique spécifique. Il en a inventé ainsi plusieurs centaines, dont certaines lui furent inspirées par des gravures qu’il observait sur des rochers près du village de Békora, près de Zéprégühé.
Il a créé ainsi un syllabaire composé de 448 signes désignant chacun une syllabe. Il a reproduit l’ensemble des syllabes sur des petites cartes en carton.
Avec ces pictogrammes, il a transcrit les récits des mythologies cosmiques bété, des contes, des événements de la vie quotidienne, mais aussi, plus tard, ceux d’une actualité de plus en plus large, jusqu’à celle de la vie politique française.
En 1958, le savant, naturaliste et anthropologue Théodore Monod publie une étude qui lui est consacrée : Un nouvel alphabet ouest-africain : le bété (Côte d’Ivoire), dans le Bulletin d’information de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN).

Frédéric Bruly Bouabré, 1996

Dans les années 70, il a commencé à « relever » tout ce qui venait à lui, ce qu’il observait, ses songes, ses révélations…
Toutes les traces du monde réel et spirituel ont été consignées dans des centaines de petits dessins, réalisés sur papier cartonné au format basique de 10 x 15 cm, qu’il qualifiait de « bricolés ». Il utilisait invariablement stylo-bille et crayon de couleur, « le minimum de moyens pour dire le maximum ».
Ces cartes fonctionnent souvent par une double entrée : une image et un texte l’encadrant, souvent une phrase ou quelques mots. Ces deux éléments, l’image représentative et le texte explicatif, se répondent et ne peuvent se comprendre l’un sans l’autre.

Mais ce n’est qu’en 1989, à l’occasion de l’exposition Les Magiciens de la Terre, que Frédéric Bruly Bouabré accèda à une reconnaissance qui n’a cessé depuis lors de se renforcer et de s’élargir jusqu’à son ultime participation à la Biennale de Venise 2013.
A partir de 1989, les expositions se sont enchaînées, de Berlin et Francfort en 1993 jusqu’à la Tate Modern à Londres en 2010, en passant par plusieurs présentations à Paris dans la Galerie du jour Agnès B. Quant aux expositions collectives, elles ont fait de lui l’un des premiers artistes africains contemporains dont la création se soit trouvée sans cesse confrontée à celles de ses homologues occidentaux. Biennales de Venise en 1995 et 2013, de Sydney en 1996 et 1998, de Sao Paulo en 1996 et 2012, de Dakar en 1998, d’Istanbul en 2001 et de Moscou en 2009, Documenta XI de Kassel en 2002, …

Cette oeuvre, riche aujourd’hui de plusieurs milliers de dessins réunie sous le titre « Connaissance du Monde » est une sorte d’encyclopédie des savoirs du monde.

Extrait de l’oeuvre Dessins (exposée au château d’Oiron)

Choses fortuites – 16 mars 2019

Après l’allocution de l’administratrice du château, le public a pu découvrir l’exposition et poser des questions à l’artiste.

Un bref (et incomplet) survol de l’exposition

Sur le site twitter du château

L’article ci-dessous a été publié dans le quotidien régional La Nouvelle République le samedi 16 mars 2019

Oiron : Massinissa Selmani et ses singuliers dessins

Massinissa Selmani expose dès aujourd’hui à Oiron, dans le cadre du mois du dessin. Son trait confronte avec subtilité le tragique et le comique.

Massinissa Selmani.

C’est important de laisser le spectateur s’approprier le vide, les choses que l’on peut trouver entre les lignes… Massinissa Selmani n’est pas le genre d’artiste qui vous abreuve de longs discours. Ses dessins, d’ailleurs, lui ressemblent et parlent pour lui. « Mon travail est fait d’absence, il y a beaucoup de blanc, une économie de moyens, confie-t-il d’une voix douce. J’aime créer des mises en scène qui ont peu de chances de se produire, créer un arrière-plan conflictuel masqué par un premier plan plus léger, installer une confrontation entre le tragique et le comique. »
Alors qu’il installe ses œuvres, son trait minimaliste interpelle. Certains dessins pourraient prétendre à une parution dans un journal satirique.

L’artiste met les choses en perspective en toute simplicité.

L’influence du dessin de presse

Logique. « Je dessine depuis toujours mais j’ai aussi beaucoup lu étant jeune, et notamment des dessins de presse, raconte Massinissa Selmani. J’ai également beaucoup travaillé sur la photo de presse, en réalisant toute une série d’installations sur ce thème. Cela m’influence sans doute aujourd’hui. » Après une tentative dans des études d’informatique, il a trouvé sa voie aux Beaux-Arts de Tours, où il réside aujourd’hui. A Oiron, il expose donc presque en voisin : « Je n’étais jamais venu mais je connais bien le château et certains des artistes passés ici. »
« C’était notre volonté de faire découvrir le travail singulier de Massinissa dans le cadre du mois du dessin (*), opération nationale déclinée dans différents centres d’art », explique Carine Guimbard, administratrice du château d’Oiron.
Après le vernissage de l’exposition, ce samedi à 14 h 30, une rencontre entre l’artiste et des écoliers est prévue la semaine prochaine.
Frédéric Michel

(*) www.drawingnowartfair.com/le-mois-du-dessin

« Choses fortuites », exposition de Massinissa Selmani, jusqu’au dimanche 5 mai au château d’Oiron

L’article ci-dessous a été publié sur le site du quotidien régional Le Courrier de l’Ouest le samedi 16 mars 2019

Au château, une belle leçon de Choses

Le château d’Oiron met à l’honneur le dessin contemporain en invitant l’artiste Massinissa Selmani, qui présente une vingtaine de créations dans son exposition « Choses fortuites ».

Ne pas se fier à l’impression liminaire laissée par les créations de Massinissa Selmani, ce sentiment qu’il n’y a pas grand-chose à en tirer. Ne pas être « aveuglé », en somme, par le blanc dominant de ces « Choses fortuites ». S’approcher donc et prendre le temps d’observer ces étranges tableaux. A y regarder de plus près, chacun y trouvera de quoi être interpellé, y puisera de quoi réfléchir et rira même devant les situations incongrues représentées.

Les œuvres ont été disposées dans une des salles des combles du château, selon un rythme de visite habilement construit. Elles ne sont pas « confrontées » à une expo permanente du monument.

Quelques photos glanées sur Internet


décalageS

Cette exposition a été présentée du dimanche 16 décembre 2018 au 10 mars 2019.

Le château d’Oiron, centre des monuments nationaux & le Fonds Régional d’Art Contemporain Poitou-Charentes ont confié la conception d’un projet artistique à des citoyens qui ont répondu à un appel à participation sous la forme de l’équation suivante :
1 Château (Oiron) + 1 collection (FRAC) = A vous de jouer !
Le groupe constitué s’est réuni toutes les 6 semaines pendant plus d’un an pour préparer l’exposition décalageS.

Au château d’Oiron, dédié à l’art contemporain, la collection permanente Curios & Mirabilia a été conçue sur le thème du « Cabinet de Curiosités » faisant appel à la réflexion et à l’imagination, à partir de ce qui existe, de ce qui est vu, de l’apparence.
L’exposition décalageS se proposait d’illustrer – explorer – cette thématique du rapport entre les apparences, les interprétations et la réalité au travers du choix d’oeuvres ouvrant largement le champ des questionnements et des ambigüités.

Les oeuvres présentées étaient les suivantes : Giulia Andreani, Trois femmes, 2015 ; Giulia Andreani, Sept femmes, 2015 ; Anna Baumgart, Weronika AP, 2006 ; Carine Klonowski, Projecteur, 2012 ; Carine Klonowski, Before Sun Sets, 2012 ; Fred Lonidier, 29 arrests, 1972-2010 ; Eric Tabuchi, Portail UTOPARK, 2015 ; Nathalie Talec, Cristal de neige / Arrangement en étoile, 1990-99 ; Marianne Vitale, Earth, 2013.

Dans chaque oeuvre, l’artiste entraînait le spectateur dans une interrogation jouant sur la réalité que l’on connaissait. L’usage de dispositifs et de matériaux inattendus renforçait l’idée de décalages entre la vision habituelle que l’on a de cette réalité et la représentation qu’en faisait l’artiste. Les oeuvres regardées du point de vue de l’artiste et du nôtre venaient affirmer notre désir de comprendre notre monde au travers de l’art contemporain comme autrefois le « Cabinet de Curiosités » incitait aussi à une plus grande connaissance du monde.

Les oeuvres étaient installées parmi l’exposition de la collection permanente Curios & Mirabilia. On les repérait grâce à un cartel se trouvant à proximité de chacune d’elles. Il était composé de 4 pages successives que l’on pouvait consulter :

  • Le visuel de l’exposition décalageS
  • La fiche technique de l’oeuvre
  • Le texte des commissaires
  • La notice du Fonds Régional d’Art Contemporain Poitou-Charentes

Le visiteur était invité à explorer les « décalages » possibles et à se livrer à ses propres interprétations et interrogations.

Dans le vestibule d’entrée, la première oeuvre attendait le public : Cristal de Neige/Arrangement en étoile de Nathalie Talec. Composée de 4000 hexagones de lave volcanique, elle était en opposition au froid de la neige.

Après avoir traversé la salle des faïences, puis la salle de la peinture ultime, le petit escalier blanc permettait d’atteindre le premier étage.
Là, après la salle des jacqueries, on pouvait pénétrer dans la chambre du Roi où tronait « Earth » de Marianne Vitale. Cette sculpture sombre et anguleuse était en profond décalage (grand contraste) avec le plafond coloré, lumineux.

Dans la salle contigüe, la Salle d’Armes, les photographies de Fred Lonidier (29 arrests) éveillaient la curiosité du spectateur.

En restant à cet étage, dans le Salon de l’Arlequin, on pouvait découvrir Portail Utopark, d’Eric Tabuchi. Vers rien … ?

Toujours, au premier étage, au fond de la galerie Renaissance, on pouvait prendre connaissance de Weronika AP, de dos puis de face …

L’escalier Renaissance permettait ensuite d’atteindre les combles du second étage où attendaient les quatre dernières oeuvres de l’exposition.
D’abord, les deux oeuvres de Giulia Andreani : Sept femmes – Trois femmes. Qui étaient-elles ?

Sur le mur d’en face, se projetait : « Before Sun Sets » de Carine Klonowski.

Enfin, la dernière oeuvre : Projecteur, de Carine Klonowski, dans son dépouillement, soulevait une interrogation (ou pas, diraient certains).


La Oironnaise – 10 mars 2019

A l’aube de ce dimanche, le temps était incertain … une pluie fine emplissait l’atmosphère …
Bravant ces augures défavorables, 172 personnes se sont retrouvées devant le château afin de participer à la randonnée pédestre proposée par l’association des Amis d’Oiron (pour la quatrième année consécutive).

Tout au long du parcours, les points Info permettaient de se repérer.

Au passage, on pouvait prendre connaissance de quelques oeuvres d’art commentées

Les points de ravitaillement étaient très appréciés !

Il ne reste plus que 4 km …

… avant le verre de l’amitié.

Quelques préparatifs matinaux pour assurer la bonne marche de la randonnée …

Petit pause avant le rangement du matériel.

15 février 2019 : mise en place des banderoles

8 mars 2019 : pose des balises

L’article ci-dessous a été publié dans le quotidien régional Le Courrier de l’Ouest, le vendredi 22 mars 2019

172 randonneurs à la découverte du paysage et du patrimoine

Créée notamment pour favoriser la valorisation du patrimoine du village Petite Cité de caractère par l’installation d’une collection d’art contemporain et l’organisation d’animations culturelles régulières, l’association Les Amis d’Oiron organise chaque année une randonnée « nature et paysage ».
Dimanche 10 mars, 172 personnes ont parcouru l’un des trois circuits proposés qui avaient en commun de faire découvrir ou redécouvrir les oeuvres de la collection « Secrets en Orioni » : « Passe-temps », « Le guetteur », « Deux cubes » et autres « Oironier » et d’arpenter les chemins qui permettent de faire le tour du village.
« Participer à notre association, c’est soutenir les actions et les manifestations organisées au château, à la collégiale ou dans le village. L’adhésion (10 €) permet de bénéficier de l’accès gratuit au château toute l’année, y compris lors des événements ponctuels. », rappelle Gilbert Lang, président des Amis d’Oiron.

L’article ci-dessous a été publié dans le quotidien régional La Nouvelle République, le mercredi 27 mars 2019

Une marche en poupées russes


Un des stands de ravitaillement pour les marcheurs dans le pays oironnais.
© Photo NR

L’association oironnaise Les Amis d’Oiron s’est une fois de plus fait remarquer par son dynamisme et son sérieux dans l’organisation de sa marche annuelle, sport, culture et patrimoine. En effet, le président, Gilbert Lang, avait prévenu : « C’est, en quelque sorte, à la sortie de l’hiver, une bonne séance de “ décrassage ” ». Le terme s’applique parfaitement à cette sortie pédestre au cours de laquelle pas moins de cinq circuits étaient proposés aux marcheurs amateurs du dimanche matin. Le président ne tarit pas d’éloges à l’adresse de la bonne vingtaine de bénévoles qui a tracé les parcours, placé les ravitaillements et les pointages du départ et d’arrivée sur l’esplanade du château d’Oiron. La veille, la météo annoncée aurait pu rendre le plus battant des sportifs le plus pessimiste du monde. Et cela s’est démontré car tôt le matin, le vent était bien présent accompagné de ses ondées. De quoi faire douter l’équipe organisatrice. « Qu’à cela ne tienne, ça va s’améliorer », a lancé d’une seule voix le staff des Amis d’Oiron. Et les marcheurs, bien équipés, ne s’écoutant pas, ont fait le déplacement jusqu’à Oiron. « Presque 200 marcheurs se sont inscrits. C’est bien. On est satisfaits, vu le temps annoncé », confiait Robert Civrais, adhérent organisateur.

Particularité oironnaise

« C’est avant tout du sport sur des circuits de 8, 10, 12, 14 et 16 km mais avec des découvertes du patrimoine et des passages auprès d’œuvres d’art installées dans et autour du bourg », précise Gilbert Lang qui ne manque pas d’ajouter : « N’oublions pas que nous sommes labellisés Petite Cité de caractère, mais aussi que notre château est régulièrement le théâtre d’expositions d’art contemporain ». Les parcours ont été savamment tracés de cette façon particulière que les marcheurs partis pour effectuer une boucle de 10 km ont la possibilité de poursuivre sur un rajout de 2 km, passant ainsi à 12 km. L’inverse étant aussi réalisable pour les familles ou les marcheurs souhaitant faire moins que leur appétit de départ. « On pourrait nommer ce procédé spécial les circuits en poupées russes, tout s’imbrique, s’emboîte parfaitement », sourit le président organisateur qui ajoute : « Après mon petit sondage d’arrivée, la grande majorité des participants souhaite participer à la prochaine édition ». Les Amis d’Oiron creusent déjà des idées d’art… d’art !

L’article ci-dessous a été publié dans le quotidien régional La Nouvelle République, le vendredi 29 mars 2019

De beaux parcours pour ces habitués de marche

Geneviève et Yves, des fondus de marche nordique, ont fait l’honneur de leur passage chez Les Amis d’Oiron. Ils ont apprécié.
© Photo NR

Geneviève et Yves Lucas, un couple louzéen sportif et amateur de marche sportive appelée également marche nordique, se sont déplacés jusqu’à Oiron pour faire une marche traditionnelle dans la campagne oironnaise, entre forêts, plaines et patrimoine architectural.
« Nous sommes venus sans nos bâtons de marche car on ne voulait pas naviguer à travers les autres marcheurs, à une vitesse rapide comme nous avons l’habitude de le faire entre nous ou en compétition », souligne par exemple Yves.
Geneviève rappelle à quel point ils sont habitués de la marche. « Nous nous entraînons deux à trois fois par semaine, et puis nous nous rendons à des marches nordiques en Bretagne et dans les Charentes. Pour ce loisir sportif, nous avons parcouru 12.000 km en voiture en 2018. »
Yves ajoute : « Dans le Poitou et notamment dans le Thouarsais, il n’y a pas de marches nordiques d’organisées, ça n’est pas encore assez connu. » Peut-être un clin d’œil aux… Amis d’Oiron !


La Oironnaise – Pose des balises – 8 mars 2019

Partant du tracé du circuit, le jeu consiste à déposer aux points cruciaux du circuit des balises de direction pour les randonneurs et des balises « danger » pour prévenir les automobilistes et les randonneurs.

C’est parti …

Petite promenade culturelle pour terminer ...

« Passe-Temps » a bénéficié de quelques « retouches » mineures afin de pallier les « usures » du temps qui passe.

Le socle du « Oironnier » a été récemment restauré.

Enfin une petite visite aux Eaux de Bilazais …


décalageS – Témoignage

Dans le numéro 64 (février 2019) de la revue (gratuite) JUNKPAGE (La culture en Nouvelle-Aquitaine) figure un témoignage de Robert (propos recueillis par Anna Maisonneuve).

Voici quelques extraits de l’article.

Pour revenir au projet, comment s’est-il déroulé ?

Les séances de travail étaient pilotées par Samuel Quenault, chargé des collections du château d’Oiron, et Julie Perez, la médiatrice du Frac. Lors de la première, fin 2017, on nous a demandé de réfléchir à une forme, puis à un thème. Très vite, on a opté pour une exposition tout en souhaitant qu’il y ait d’autres événements, comme des ateliers avec les scolaires, une performance, une conférence.

Et pour le thème ?

Assez vite, on est parti sur les rapports entre réalité et vérité, quelque chose de récurrent au château avec sa collection permanente « Curios & Mirabilia ». Beaucoup d’oeuvres laissent le visiteur dans l’interrogation. Qu’est-ce qu’il a vu ? Comment l’interpréter ? De là est née notre volonté d’explorer les zones d’incertitudes, les limites entre la réalité et la fiction. Initialement, c’était assez vague, puis ça s’est affiné. Parmi nous, quelqu’un a pensé au mot « décalage ». Et c’était ça ! On a pris contact avec le conférencier Thierry Savatier par le biais de l’université citoyenne de Thouars.
De fil en aiguille, la thématique s’est peaufinée autour de trois mots clefs : expérience, interprétation et réalité. On a essayé de faire en sorte que le visiteur passe par ces étapes dans la découverte des oeuvres.

Vous nous illustrez ça avec l’une des oeuvres sélectionnées ?

On peut citer le travail de Giulia Andreani, une jeune artiste d’origine italienne basée à Paris. A partir d’une image de femmes issues d’archives germaniques, elle a réalisé des portraits quasi monochromatiques en acrylique aquarellée. Ces femmes apparaissent dans des tenues et des
coiffures relativement banales mais qu’on est capable de dater aux années 1940. Il émane quelque chose de douloureux et de tragique de leurs visages …

Est-ce votre préférée ?

C’est celle que je comprends le mieux. Mais nous avons notre petite mascotte signée Anna Baumgart. Une petite sculpture d’environ un mètre de haut qui réinterprète en trois dimensions une célèbre photo prises lors des attentats du métro de Londres en 2005….

Que retenez-vous de cette expérience ?

Un souvenir des plus enrichissants. J’ai le sentiment d’être passé de l’autre côté du miroir. Plus jamais, je ne verrai une exposition du même oeil. J’étais loin d’imaginer qu’en amont il y avait un tel travail à accomplir. Je suis fier du résultat, que de telles initiatives puissent avoir lieu. Je me demande : est-ce que cela aurait pu se passer ailleurs qu’à Oiron ? C’est en lien avec le projet décalé du château et la volonté de Carine Guimbard de développer des choses avec le village et la population. C’était un sacré pari ! Nous étions juste un échantillon de citoyens sans aucune compétence pour mener ce travail-là. Plus largement, j’y vois un rapport avec la place de l’art dans la société et une réflexion sur la notion de droit culturel.